Février 2002
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Nous étions en fin de saison et las de chasser toujours
dans le même bout de forêt, nous décidons,
Jacques et moi, d'aller explorer le petit bois du Fourneau, en
bordure de l'étang.
A peine le muret d'enceinte passé, dans le premier bouchon
de ronces, mon cher petit "Plume", encore pataud du
haut de ses dix mois, prend une voie chaude et truffe au sol,
fonce dans les épines. "Flap ! Flap ! Il me lève
une bécasse qui fuse vers le ciel. A cet endroit, les peupliers
abondent. Au premier coup d'ailes, la belle mordorée s'est
glissée derrière un tronc pour que m'empecher de
tirer. Elle file droit vers l'étang à ma droite
et donc vers Jacques, que je préviens d'un "Bécasse
!" retentissant.
La belle mordorée zigzague toujours entre les troncs qui
la cachent à ma vue. Quand, elle découvre Jacques,
qui n'est qu'à 50 mètres de moi, la bécasse
m'oublie, ne pensant qu'à mettre un arbre entre elle et
le deuxième chasseur. Je saisis ma chance dés que
je la vois de nouveau et tire. La bécasse tombe et choit
sur le nez de "Jasper", le pointer de mon ami.
L'un et l'autre sont écoeurés de cette chance, qui
me poursuit toujours. "Plume" a vite fait d'aller quérir
la belle mordorée, faisant même un petit tour d'honneur
autour de Jasper, qui le regarde de haut, en pensant:
"Pfttt ! il ne l'a même pas fait express, ce balourd
!"
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Après ce premier et rapide succès,
la quête continue, assez pénible, tant les ronciers sont
impénétrables. Personne ne se hasarde jamais à
venir chasser dans ce bois, touffu où les arbres abattus compliquent
toute progression. 800 mètres plus loin, le sous-bois est moins
sale. Constitué de gaulis, le bois est beaucoup plus large.
A 100 mètres à ma droite, Jacques soudain me hèle
: ""Arrêt ! Viens vite !"
Je me précipite, devancé par "Plume", qui
a vite compris pendant la saison, que lorsque ces mots retentissent,
une bécasse n'est pas loin. Le pointer prend des postures dramatiques.
Si la bécasse piète, il va couler, entamant une forme
de reptation lente et théâtrale; on croirait voir un
adepte du "Tai-Chi" dans un square de San Francisco. Jacques
jubile, me montrant les attitudes magnifiques de son chien, un rien
"cabot". |
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"Plume" en arrivant sur le lieu du drame
s'est mis à patronner. Immobile, légèrement en
retrait du pointer, il est à l'arrêt pour ne pas gêner
"Jasper". Devant eux, un bouchon de ronces d'à peine
deux mètres de large, mais qui s'étale sur dix mètres
de long. "Jasper" a un oeil sur le roncier et un autre,
sur "Plume" pour s'assurer qu'il ne viendra pas lui voler
la vedette.
Je m'écarte de Jacques pour trouver un angle de tir dans le
gaulis et je passe de l'autre côté du roncier. |
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| "Plume" en profite pour quitter l'arrêt
et chercher l'émanation directe de la bécasse. Manifestement,
elle a piété sans que "Jasper" ne cherche
à la suivre et à la bloquer. Le labrador a contourné
le roncier. Il le longe vers l'étang quand, tout d'un coup,
il se fige de nouveau à l'arrêt. Ses yeux fixent un point
dans les ronces. Je sais qu'il est en contact direct. J'écarte
mes pieds, mon fusil à la hauteur de la poitrine, je suis prêt
à l'envol. |
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| "Plume" a semblé un instant se
ramasser sur lui même, boule d'énergie prête à
exploser. Puis, en un éclair, il a fusé à l'intérieur
du roncier, qu'il défonce dans sa charge. "Jasper"
autant que Jacques trouve que ces manières sont celles d'un
vil broussailleur, indigne de chasser la bécasse. |
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Mais "Plume" ressort du roncier, la tête
couverte d'épines, la bécasse dans la gueule. Il n'est
pas peu fier.
Moi non plus. "Jasper" s'éloigne de son pas de danseuse,
préférant feindre ignorer la fin de la scène.
Quant à Jacques, il ne veut pas admettre qu'une bécasse
se fasse coiffer ainsi par un chien.
Et pourtant ! Elle est bien là, dans le creux de ma main. |
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Mais c'est vrai qu'une
bécasse ne se laisse pas attraper ainsi par un chien. Quand
je l'ai plumée, elle avait un plomb, un seul, à la
jointure de l'une de ses ailes. Cela avait suffit pour l'empêcher
de s'envoler.
Renseignements pris, le propriétaire était venu la
semaine précédente et avait "raté"
une bécasse en bordure du petit bois. Voilà ce que
c'est de chasser avec de mauvais chiens. Quand j'ai offert cette
B.D. à Jacques quelques jours plus tard, il a ri, puis lisant
les commentaires de "Jasper", il m'a dit, presque froissé
:"Peuh ! Mon chien ne pense pas comme ça !"
Puis après une seconde de silence ..."N'empêche
! C'était sa bécasse ! S'il n'avait pas été
là, ce n'est pas "Plume" qui l'aurait trouvée."
Je n'ai rien dit, mais
comme "Plume", en mon for intérieur, je jubilais.
Plus vrai que nature !
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Cette magnifique nature morte de bécasse
est à vendre.
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